Ma question comporte deux volets:

Le premier est que je suis mariée depuis onze ans et j’ai trois fils. A la suite de l’accouchement et l’allaitement, je souffre d’une atrophie aux seins. Les trois gynécologues femmes que j’ai consultées ont toutes dit que la seule solution consiste à procéder à une opération d’agrandissement des seins. M’est-il permis de subir une telle opération quand on sait qu’elle me gène dans mes rapports avec mon mari qui adore regarder les femmes? Commettrais-je un péché en ne me faisant pas opérer? Autrement dit, ne devrais-je pas la faire faire pour satisfaire mon mari et l’aider à baisser son regard?

Le second volet est qu’actuellement je porte un soutien-gorge houssé d’éponge que je double en présence de mon époux pour augmenter le volume des seins et leur donner une apparence agréable pour lui. Cette attitude serait-elle assimilable à celle d’une personne qui se donne une apparence vestimentaire trompeuse? Que signifie ce hadith? Est-ce que je m’expose à quoi que ce soit en priant sous cette apparence? Faudrait-il ôter les soutien-gorge quand je prie? M’est il permis de sortir porteuse de tels soutien- gorge avec des femmes de la famille et des amies?

Louanges à Allah

Premièrement, les malformations naturelles ou
accidentelles affectant le corps justifient, selon les jurisconsultes musulmans
(Puisse Allah leur accorder Sa miséricorde), des opérations esthétiques pour
les corriger ou les faire disparaître. Cela se justifie davantage quand la
malformation provoque la répugnance chez le conjoint et consort.

La sage législation autorise celui qui
souffre d’une malformation à employer  le
traitement apte à corriger la malformation ou le préjudice.

La Sunna prophétique contient un hadith d’Abdour Rahman ibn Tarafa selon lequel son grand père Arfadja ibn Asad se vit amputer du nez lors de  la journée (bataille) de Koulab.
Il se dota d’un nez artificiel en argent. Quand le montage laissa enyraîna une 
pourriture, le Prophète (Bénédiction et salut soient sur lui) lui donna
l’ordre de substituer de l’or à l’argent.» (Rapporté par Abou Dawoud, n°4232 et jugé authentique par al-Abani
dans Sahih Abou Dawoud.

Le raisonnement par analogie permet d’assimiler le cas
de celle qui souffre d’une atrophie aux seins au cas évoqué dans le hadith d’Arfadja. Une telle assimilation est plus pertinente que  sa comparaison à l’interdiction du limage des
dents cité dans les propos du Prophète (Bénédiction et salut soient sur
lui):«Celles qui se font limer les dents à des fins esthétiques, celles qui
modifient la création d’Allah Très-haut…» (Rapporté par al-Bokhari,5931) et par Mouslim (2125).
C’est parce que le limage visant l’écartèlement des dents n’est pas entrepris
pour corriger un défaut ou réparer une malformation mais pour améliorer la
dentition selon celle qui se le fait faire. Pourtant Allah le Puissant et
Majestueux a créé l’Homme en le dotant d’une belle physionomie. Si
on donnait aux
humains
une liberté corporelle sans limite, ils géreraient leur
corps d’une manière qu’Allah n’autorise pas.

Le remplacement d’un sein perdu accidentellement ou d’un
autre naturellement atrophique est contraire à la physionomie naturelle de la
femme. Il résulte d’une opération thérapeutique et non de celle entreprise à
dessein esthétique entrainant la modification
volontaire de la création d’Allah.

C’est pourquoi on lit dans les fatwas de la Commission
Permanente (25.15) la question que voici: « J’apprends à votre éminence que je
suis marié avec une femme souffrant d’une atrophie aux seins. Au cours des
dernières années , la forme des seins s’améliorait
pendant la période d’allaitement en raison de la présence du lait et reprenait
plus tard leur forme habituelle. La situation s’est toutefois empirée au cours
de la dernière année car l’atrophie s’est aggravée au point de faire apparaitre les seins comme ceux de l’Homme quand ils ne
disparaissent  de sorte à ne laisser
apparaître que le bout.

Elle a exposé son cas à un médecin au Qatar. Ce dernier
lui a conseillé de subir une opération chirurgicale avec implantation de  silicone 
dans le sein pour maîtriser l’augmentation de son volume. La traduction
jointe au rapport médical l’atteste.

Mon problème comporte deux volets. Le premier a trait au
mauvais état psychologique de mon épouse qui a résulté de ce problème. Elle
souffre d’un complexe d’infériorité suite à sa privation  d’une belle poitrine et de la capacité de
plaire à son mari. Le second volet est ma grave souffrance due à mon incapacité
de jouir de ma femme comme les autres époux. Ce qui me gène et m’attriste car
il ne s’agit pas d’une mince affaire.

Allah a décrit les femmes du paradis en ces termes «des belles
aux seins arrondis, d’une égale jeunesse» pour montrer l’importance de la
beauté de la poitrine de la femme. La question qui se pose maintenant est :
Est-il permis
de subir une telle opération maintenant. Si tel est le
cas peut on assimiler à l’opération visant l’amélioration de la dentition celle
appliquée  aux seins de ma femme à l’aide
d’une injection pour les raisons évoquées plus haut quand on sait que le
médecin n’a pas précisé si l’opération aura des effets secondaires ou pas?»

La réponse se présente
comme suit:« Si la réalité est comme indiquée, il est permis d’opérer les seins
à condition que l’intervention chirurgicale ne porte pas préjudice au corps de
la femme car tout ce qui a été évoqué relève des maladies que la loi religieuse
permet de soigner comme l’indiquent de nombreux textes.»

Signé:

Abdoul Aziz ibn Baz,

Abdoullah AalCheikh,

Abdoullah ibn Ghoudayyan,

Salih al-Fawzan,

Baker Abou Zayd.

Le Comité des Fatwas du
site ‘Droit musulman’ a émis une fatwa autorisant l’opération visant
l’augmentation du volume du sein au profit d’une femme souffrant d’atrophie du
sein quand cette affection constitue une déformation repoussante. Se
référer  au lien que voici:

http://www.islamfeqh.com/Kshaf/List/ViewDecisionDetails.aspx?DecisionID=1733

On lit dans les résolutions
du colloque sur le thème: ‘la vision islamique de certaines pratiques
médicales’:«Les opérations chirurgicales ayant pour but de traiter une maladie
organique accidentelle et de rendre à l’organe sa forme et/ou sa fonction
normale sont autorisées par la loi religieuse. La majorité (des ulémas)
assimile à un tel traitement la réparation d’un défaut ou d’une laideur, source
d’une nuisance physique ou psychologique.» Extrait tiré de fiqh
an-Nawazil
d’al-Djizani
(4/227).

On lit dans
l’ouvrage intitulé ‘thamaratou tadween
min massail Ibn Outhaymine

(question n° 562) du Cheikh Ahmad al-Qadi :«J’ai interrogé notre Cheikh (Puisse Allah lui accorder Sa
miséricorde) en ces termes: «Quel est le statut des opérations esthétiques que
les femmes se font appliquer?»

Voici sa
réponse: «Si l’opération vise à corriger un défaut, il n’y a aucun inconvénient
à l’entreprendre quand elle n’entraîne pas un préjudice. Car Arfadja (P.A.a) se dota d’un nez
en or après l’amputation de son nez. Il y a encore l’exemple du redressement
des seins amollis.»

Il est déjà
indiqué dans le présent site qu’il était permis 
de rectifier les dents (69812) et de se faire opérer pour corriger la
minceur et le relâchement des paupières (148707) et de procéder à un cure d’
amaigrissement, même si cela devait passer par une opération chirurgicale
(152130), de corriger la mollesse des seins, les rides du visage et le
gonflement du ventre (152086), d’employer le
clostridium botolinum pour effacer
les rides(170869) et de réduire le volume du derrière (97651). Toutes ces
opérations sont régies par la règle déjà établie qui reste applicable par
assimilation au gonflement du sein.

Deuxièmement,
quand le volume du sein est normal et que les médecins n’y décèle aucune
affection ou maladie et que sa petitesse soit acceptable pour les femmes, voilà
le cas dans lequel les ulémas interdisent le recours à une opération
chirurgicale esthétique entreprise par une femme capricieuse en bute à
d’interminables désirs de changer de physique et d’apparence, cela constituant
une porte du gaspillage dont souffrent beaucoup de sociétés non musulmanes.
Elles dépensent des centaines de millions d’argent, déploient d’énormes efforts
aux plans chirurgical et psychologique.

Quant à La loi
islamique,  elle interdit tout cela et
recommande à ses fils d’accepter la création juste d’Allah et de rester
convaincu que la (vraie ) beauté est d’ordre moral et
spirituel.

Troisièmement,
ce qui précède indique clairement à l’auteur de la question le jugement de la
loi religieuse concernant son cas. Qu’elle voie de laquelle des deux catégories
sus indiquées elle relève et se conforme au jugement
religieux qu’elle appelle. Qu’elle ne fasse du désir du mari une référence dans
le second cas en particulier. Bien au contraire, il n’est pas permis au mari
demander à sa femme de changer son physique naturel, exempt de défauts. Il
n’est pas permis à la femme non plus d’accepter une telle demande.

Le fait pour le
mari de s’habituer à la désobéissance consistant à jeter des regards interdits
nécessite qu’on lui donne des conseils et le sermonne. Son attitude ne justifie
pas la commission par la femme d’autres actes de désobéissance pour le
satisfaire. Celui que la crainte d’Allah ne détourne pas de la désobéissance
qui réside dans les regards interdits, ne trouvera pas satisfaction dans le
résultat d’une opération esthétique entreprise par sa femme ni dans sa
toilette. Si toutefois l’épouse désire le ménager en portant un soutien-gorge,
cela ne représente aucun inconvénient.

Quatrièmement , il n’ y a aucun inconvénient pour les femmes de
continuer à porter de larges soutien-gorge et de prier avec. Cela n’est pas
concerné par la parole du Prophète (Bénédiction et salut soient sur lui):«Celui
qui s’arroge ce (un titre/ qualité) qu’il n’a pas est comme quelqu’un qui porte
de faux vêtements.» (Rapporté par al-Bokhari,5219 et par Mouslim,2129) Il est
bien légitime que la femme mariée cherche à se faire belle devant son mari et devant
les femmes de son entourage. C’est dans ce sens que le Transcendant dit:« Nul
grief sur elles au sujet de leurs pères, leurs fils, leurs frères, les fils de
leurs frères, les fils de leurs sœurs, leurs femmes (de suite) et les esclaves
qu’elles possèdent. Et craignez Allah. Car Allah est témoin de toute chose.»
(Coran,33:55). Vouloir se faire belle est une habitude
bien encrée chez les femmes. Peut importe que l’effort porte sur le corps ou
les vêtements et consorts.

Quant au hadith évoquant le cas de celui qui se
gonfle…, l’imam an-Nawawi (Puisse Allah lui
accorder Sa miséricorde) dit:« Selon les ulémas, ce hadith évoque le cas de
celui qui s’attribue faussement ce qu’il ne possède pas, comme celui qui se
fait prendre pour un riche et se pare de fausses qualités. Il est aussi
condamnable que celui qui porte de faux vêtements.» Extrait de chah Mouslim (14/110).

Ibn Hadjar (Puisse Allah lui
accorder Sa miséricorde) dit: «On entend par là inciter la femme à mépriser le
comportement qui consiste à prétendre que son mari lui a offert quelque chose
qu’il ne lui a pas donné comme l’indique le contexte du hadith. C’est de peur
de gâter ses relations avec sa coépouse et de les faire nourrir la haine l’une
envers l’autre. Car cette prétention devient alors comme la magie qui sépare un
homme de sa femme.» Extrait de Fateh al-Bari (9/318).

Quand al-Hafedh Ibn Hadjar (Puisse Allah lui accorder sa miséricorde) a cité
des explications du hadith insinuant l’interdiction du port de tout vêtement
traduisant la volonté d’apparaître belle, il a exclus ces explications  et jugé 
l’explication déjà citée par nous mieux argumenté. A ce propos, Ibn Hadjar (Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) dit :«On a dit que certains doublait leurs manches pour donner
‘impression de porter deux vêtements selon Ibn al-Mounir.»
Plus loin il poursuit:« Cela s’assimile à ce qui se fait de nos jours en
matière de bonnets. Le premier sens convient mieux.» Extrait de Fateh al-Bari
(9/318). Voir la réponse donnée à la question n°
143414.

En somme, il n’ y a aucun inconvénient à ce que la femme
se fasse opérer pour gonfler ses seins quand elle souffre d’une atrophie au
sein. Qu’elle veille toutefois à ce que l’opération soit menée par une
spécialiste rompue à la tache. Il n’ y a aucun inconvénient, non plus, à ce que
la femme porte une tenue qui lui donne une apparence normale, à condition
d’éviter de tenter les autres ou de verser dans le déguisement (dénoncé) dans
le hadith.

Allah le sait mieux.